Bonjour les enfants
(là vous etes supposes répondre “bonjour maitre LYeN”, “Bonjour maman LYeN”, ou au minimum “bonjour LYeN, comment ça va bien ? la femme, le chien, les enfants, le inch’allah tout ça ? ”)
La leçon d’aujourd’hui, dans notre grande épopée de l’écriture non-sens, se poursuivra sur une étude de cas assez simple, avec 4,2 façons d’écrire. Nous classifierons ces 4 styles d’écritures par
:
1) le style inexistant (ou style témoin)
2) le style qui essaie mais qui est pas drôle
3) le style R42
4) le style Oulipo
4,2) le style tiré d’un article au hasard sur wikipedia
Le texte à écrire aujourd’hui est le suivant :
suspense insoutenable, musique qui fait vibrer, attente fébrile de la foule
Ce matin, j’ai mangé une pomme.
fin du suspense, foule hystérique, des femmes qui s’évanouissent sur place, d’autres qui accouchent sous le coup de l’émotion, certaines même qui tombent enceintes instantanément
Prenons le texte étape par étape, et voyons comment l’agrémenter :
Ce matin
1) « Ce matin »
Narrativement correct, mais peu intéressant.
2) « Ce matin (un lapin a tué un chasseur) »
Exemple typique de la blague qui se veut drôle mais qui est bien trop premier degré pour être non-sens. Le but est de faire rire mais la seule chose risible est cette vaine tentative d’humour.
Bref de la merde
3) « Ce matin (et là vous vous attendez à ce que je fasse une blague sur un lapin qui prétendument tue des chasseurs. Je me vois dans l’obligation de vous décevoir chers amis ; d’une part parce
que je n’ai jamais eu de preuves de l’existence du dit lapin, mais surtout parce que je refuse de collaborer à une propagande meurtrière qui, sous le couvert d’une musique niaise et d’un
personnage animal au demeurant charismatique, prône la liberté de port d’armes et le meurtre, voire le génocide culturel d’une sous-classe professionnelle mal-aimée mais essentielle à notre
diversité alimentaire. Dont acte.) »
Exemple typique d’un retournement de situation, de troisième degré (réagir à ce que le lecteur n’a pas encore dit), avec au passage une lancée de débat qui pourra donner lieu à foule de
répliques. Bref du truc bien.
4) « Ce matin, mess atteint, mes satins, ça m’éteint »
Style Oulipo, simple mais efficace, avec une touche poétique à la fin qui ouvre vers un texte plus sentimental.
4,2) «Ce matin, Futura était une revue de bandes dessinées de « petit format » (13 x 18 cm) plus ou moins apparentée aux comics. »
j’ai
1) « j’ai »
Syntaxiquement correct, mais on n’avance pas beaucoup.
2) « j’ai (comme le docteur) »
Exemple typique d’un passage forcé d’une référence (personne ou mythologie) à R42. Bien qu’à la base ça pourrait être bien, au final il apparait trop évident que c’est forcé, et on en perd un peu
le non-sens. En général, ça finit en private joke entre l’auteur et lui-même, et donc ça casse pas des briques sur les trois pattes d’un canard qui pisse pas loin.
3) « j’ai Aviernoz est une commune française, située dans le département de la (ah non merde l’article aléatoire c’est pas encore là, moi je suis juste le trois, j’ai 1,2 d’avance.. heu ben
excusez-moi alors) »
Exemple typique du retournement interne de la situation, qui pousse le degré un peu plus loin, et surprend encore plus le lecteur. Ca peut paraître tiré de loin, mais c’est le but ; on rappellera
le mot d’ordre du non-sens : si c’est pas trop, c’est probablement pas assez.
4) « j’ai, geais, noir de geais, reine de joie, neige de roi »
À nouveau, style simple mais efficace, concis mais qui crée un univers propre, dont on pourrait facilement créer un texte plus long.
4,2) « j’ai Aviernoz est une commune française, située dans le département de la Haute-Savoie, dans la région Rhône-Alpes. »
mangé
1) « mangé »
On avance on avance
2) « mangé (ta chatte) »
Exemple typique de l’auteur qui ne sait faire passer un texte que sous le trait faussement drôle de la vulgarité. Pas non-sens, pas drôle, pas bon.
3) « mangé (ta chatte, mais c’est pas ma faute, elle est arrivé là sans faire un miaulement, et puis c’était le matin j’étais pas bien réveillé, tu sais comment je suis le matin, je veux dire au
début elle était pas là, je me pose une tranche de pain sur la table, je me retourne pour prendre ma tasse de café, je me reretourne vers la table, là elle avait dû se glisser sur ma tranche de
pain entre deux, et résultat ben je tartine du beurre et de la confiture, et après je la mange, mais je veux dire c’était par inadvertance, ça peut arriver à tout le monde, enfin bref, est-ce que
tu as joui quand même mon amour ? »
Exemple typique de … heu exemple pas vraiment typique en fait. Et je suis pas sûr non plus d’à quel degré il faut lire ce texte, ni s’il est très prudent de parler de retournement. Passons.
4) « mangé, démangé, dérangé, des rangs laids, descends-les, démens-les, démembrés »
Approximo-poésie un peu macabre mais assez puissante, en progression simple, avec une certaine poésie et un champ lexical constant.
4,2) « mangé Leroy & Stitch le 101e long-métrage d'animation des studios Disney. »
une pomme.
1) « une pomme. »
Enfin, on est arrivé. Et mon dieu on est beaucoup plus avancé maintenant là non ?
2) « une pomme (de douche ?) »
Exemple typique de l’auteur qui cherche à être non-sens en écrivant des choses qui n’ont aucun sens, mais ce n‘est pas comme ça que ça marche. Le non-sens ce n’est pas dire n’importe quoi, c’est
bien au-delà. On notera d’ailleurs que l’auteur utilise le point d’interrogation, il n’est même pas sûr de sa blague, il y va à moitié, et en non-sens il n’y a pas de demi-mesure (les
demi-mesures, ça sonne tout croche) (ce jeu de mots vous était offert par ma formidable fiancée, musicienne de son état).
3) « une pomme.
(quoi ? Je suis obligé de mettre une remarque à chaque fois ? vous pouvez pas rester 30 secondes sans rire, vous croyez que c’est le fast-food de la blague ici ? que c’est facile de trouver
quelque chose tous les 2 mots ? putain j’en ai marre je rentre chez moi si c’est pour être traité comme ça. Salut) »
Exemple typique du gars qui craque parce que c’est la fin de son texte et qu’il ne sait plus quoi dire, ça lui donne aussi une manière conclure, tout bénéf quoi.
4) « une pomme, paumée par ici, tombée dans les pommes, tombée dans les paumes, tombé dans les hommes, tombée dans les psaumes »
Style libre et léger pour finir le texte.
4,2) « une pomme est une coalition d'organisations palestiniennes formée peu de temps après le déclenchement de la seconde Intifada, mené par Marwan Barghouti avec l'accord de Yasser Arafat.
»
Fin de la leçon, à vous d‘écrire maintenant, vous savez tout ce qu’il y a à savoir!